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Pôle Santé AVEN

Suivi médical

Travaillant en liaison directe avec l'OBSIVEN, l'AVEN peut soumettre aux médecins de cet organisme toutes les interrogations sur les maladies concernant les vétérans et leurs descendances

N'hésitez pas à nous contacter par courrier ou nous rencontrer en prenant rendez-vous à notre permanence de Paris :

AVEN 18 Rue de Vézelay 75008 Paris

Docteur Jean-Claude Kouyoumdjian : 06 03 62 28 64

obsiven.jck@gmail.com

Docteur Marie-Odette Balleyguier: 06 36 69 81 56

Maladies Radio-induites

Le médecin généraliste peut-il dépister les maladies radio-induites ?

Les vétérans des essais nucléaires peuvent-ils s’adresser à lui ?

Intervention pour l’assemblée générale de l’AVEN

Docteur Yves Perrin Toinin. Samedi 27 septembre 2008

1°) exposé d’un cas clinique

M. F engagé dans la légion étrangère à la fin des années 50, va être victimes de différents accidents tout au long de sa carrière, dont un accident d’hélicoptère à Djibouti qui lui laissera des séquelles.

Après 2 années passées en Algérie, il sera envoyé en Polynésie française de 1964 à 1966 où il assistera à 3 essais nucléaires :

« Mon premier accident s’est produit quelques jours avant noël 1966, après un essai nucléaire. Les baraquements où nous étions cantonnés furent détruits par le souffle de l’explosion,

et totalement rongés par la radioactivité.

Un matin, un officier nous ordonna d’effectuer une tache particulièrement dangereuse : l’équipe dont je faisais partie a passé plusieurs couches de peinture galvanisée pour soit disant

« stopper la progression de la rouille » ! Alors que je me trouvais à une quinzaine de mètres de hauteur, le toit du bâtiment s’est fendu, et je suis passé à travers, le corps à la verticale…… »

« Lors de mes séjours en Algérie et dans le Pacifique, j’étais porteur de dosimètres, gradués de 0 à 10, dont l’aiguille après chaque essai se stabilisait sur le chiffre 8 ! »….

« A Mururoa, après le1° essai aérien, l’atoll est devenu un enfer. Sans eau pour nous laver, nous étions contrains de nous tremper dans le lagon, sans que personne ne nous informe des dangers que nous encourions »…

Actuellement, M.F. est atteint de nombreuses lésions orthopédiques résultant de fractures de la clavicule, de fracture de vertèbre ou de déchirures musculaires.

Il est également atteint de bronchite chronique, et est en traitement pour un cancer de la prostate découvert en 1996 et actuellement métastasé aux poumons.

2°) Que peut faire le Généraliste ?

En tant que médecins de premier recours, les médecins généralistes sont souvent amenés à donner leur avis sur les risques nucléaires,

surtout lorsque l’actualité met ce sujet sur le devant de la scène comme cela a été le cas cet été avec l’affaire des fuites d’uranium dans les centrales nucléaires françaises.

Nous sommes donc souvent amenés à répondre à des interrogations et à des doutes.

Ici, il s’agit de se débrouiller avec nos faibles connaissances en radiobiologie pour accompagner un malade dans une démarche auprès d’organismes officiels.

Qu’il s’agisse de reconnaître une maladie professionnelle, une invalidité suite à un accident de la circulation, ou de démêler un dossier d’assurance,

le médecin généraliste est souvent confronté à ce genre de demande.

Le médecin généraliste peut donc très bien, en premier recours « monter un dossier », adresser le patient au spécialiste compétent, et l’assister lors de ses démarches en l’accompagnant par exemple pour ses expertises.

Son action est cependant limitée par différents facteurs :

-Le risque nucléaire n’est pas du tout pris en compte dans la formation continue des médecins. Chacun se débrouille comme il peut pour trouver les informations

-Si l’on se réfère aux tableaux des maladies professionnelle reconnues par le régime général de la sécurité sociale, le nombre de maladies reconnues au tableau 6 est très limité :

pour les maladies radio-induites à long terme, qui nous préoccupent actuellement, ne sont reconnues que les leucémies, les cancers broncho pulmonaires, les radionécroses osseuses et les ostéosarcomes.

Dans le cas du malade cité plus haut, une indemnisation a été obtenue pour les séquelles de ses accidents, mais il n’existe pour l’instant aucune reconnaissance officielle

concernant le lien entre irradiation et cancer de la prostate ou bronchite chronique.

-Dans la population générale, les vétérans des essais nucléaires sont un tout petit nombre, et ils ne sont incités à aucun suivi médical spécifique.

Au maximum, chaque généraliste sera amené en moyenne au cours de sa carrière à suivre 2 à 3 vétérans.

Dans ce contexte, le diagnostique de maladie radio induite risque de ne pas se faire, soit que le patient ne veuille pas parler de son temps passé sous les drapeaux pour diverses raisons

(on sait par exemple combien il était dur jusqu’à ces dernières années de parler de la période de la guerre d’Algérie), soit que l’interrogatoire du médecin oublie de se pencher sur cette période ;

3°) Comment améliorer le système ?

Les maladies radio induite des vétérans peuvent être, sur le plan statistique, considérées comme des maladies rares, ou, comme on dit aujourd’hui, des maladies orphelines.

Il existe en France de nombreuses associations regroupant malades et soignants, dédiées à la recherche et /ou à la défense des intérêts des malades.

Le plus souvent, ces associations sont crées à l’initiative des médecins et sont soutenues par l’industrie pharmaceutique, dont les buts ne sont pas uniquement philanthropiques…

L’AVEN, dès sa création, fonctionne à l’inverse de ce schéma: ce sont les malades eux-mêmes qui s’organisent pour faire reconnaître leur maladie par les pouvoir publics, mais aussi par le corps médical.

Les succès déjà obtenus ont eu un grand écho, y compris dans la presse médicale, et je ne doute pas que les actions actuellement menées auprès des parlementaires porteront leurs fruits.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle des victimes de l’amiante.

Depuis les succès remportés par leur association, les malades ou les malades potentiels sont mieux pris en charge par la médecine de ville car ils sont mieux identifiés,

et que leur surveillance est soumise à un protocole connu de tous.

Le médecin possède un savoir. Mais il n’est plus tout seul. Le patient, lui aussi, sait.

Les adhérents de l’Aven forment un réseau dense, présent sur tout le territoire.

Chacun des correspondants de l’Aven a certainement un médecin traitant. Il existe, financé par la sécurité sociale, un fond d’aide pour la qualité des soins de ville.

Il aide financièrement les réseaux de soins. Je propose de travailler à mettre en place un tel réseau autour des victimes des essais nucléaires.

Cela pourrait permettre d’appuyer la demande légitime d’un suivi médical pour les vétérans.

Enfin, je pense que nous pourrions faire en commun des propositions pour aider à la formation du médecin dans le domaine des maladies radio induite.

Notre association est agréée auprès de l’éducation nationale pour intervenir dans les établissements scolaires et dans la formation des maitres.

En joignant nos expertises, nous pourrions être entendus auprès des organismes de formation continue.

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