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ACTUALITÉS JURIDIQUES 2016

Nancy : victimes des essais nucléaires, les ex-soldats face à un « foutu logiciel »

Article de L'est Républicain du vendredi 26 février 2016 de Christophe GOBIN, Photo Pierre MATHIS.

Jean-Paul Demange, le président des vétérans des essais nucléaires du 54

Micro, caméra, flashs d’appareil photo. Jean-Paul Demange a fait une arrivée de star à la cour administrative d’appel de Nancy ce jeudi. Ce retraité de Tucquegnieux de 79 ans ne cache toutefois pas sa surprise de se retrouver ainsi sous les feux de l’actualité.

Car il n’est pas directement concerné par le procès qui focalise l’intérêt des médias. La cour administrative doit examiner le recours de quatre ex-militaires qui aurait été irradiés lors des essais nucléaires français dans le Sahara ou en Polynésie.

Jean-Paul Demange est, lui, un ancien du Sahara. Il y était dans les années 60. « J’étais gratte-papier. Je tapais les états du matériel irradié qui était enfoui dans les sables. Il y en avait pour des milliards de francs. J’ai aussi monté des gardes et respiré du sable contaminé », raconte le septuagénaire de Tucquegnieux qui a développé une tumeur dans un poumon.

Mais il n’a pas agi en justice pour réclamer une indemnisation. Un paradoxe pour celui qui est le président départemental de l’association des vétérans des essais nucléaires, dont l’une des raisons d’être est de soutenir le combat judiciaire des anciens du Sahara et de la Polynésie.

Jean-Paul Demange s’engage aux côtés de ses camarades. D’où sa présence à Nancy. Mais il ne s’aventure pas lui-même dans une de ces longues, coûteuses et très aléatoires procédures contre le ministère de la Défense. Et le procès de ce jeudi n’est pas de nature à le faire changer d’avis.

Il concerne deux vétérans de Haute-Saône atteints d’une leucémie, ainsi que les veuves d’un ancien soldat originaire de Côte d’Or mort d’un cancer de l’estomac et d’un sous-officier de Besançon qui a succombé à un cancer du foie.

« Risque négligeable »

Dans les quatre cas, le ministère de la Défense, puis le tribunal administratif de Besançon ont considéré que les risques de contaminations par les explosions nucléaires avaient été « négligeables ». « C’est à cause de ce foutu logiciel », soupire Jean-Paul Demange qui, en l’absence des militaires et des veuves à Nancy, s’est fait leur porte-parole.

C’est en effet un logiciel qui calcule les risques auxquels ont été soumis les vétérans du Sahara et de la Polynésie. « Or dans 98 % des cas, il estime que le risque est négligeable et les demandes d’indemnisations sont rejetées », s’insurge l’avocat des vétérans, Me Camille Lasoudris, qui a demandé à la cour de ne pas tenir compte des calculs du logiciel.

Le rapporteur public lui a donné raison dans un cas. Celui de Jackie Trotin, sous-officier de Besançon qui a livré du matériel dans le Pacifique, au point 0, c’est-à-dire là où une bombe atomique avait été testé, et cela huit heures après l’explosion nucléaire. En revanche, le rapporteur public a recommandé le rejet des indemnisations dans les trois autres dossiers. Décision le 17 mars.

Christophe GOBIN

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