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Revue de Presse 2015

Dunkerque: deux vétérans des premiers essais nucléaires français au Sahara témoignent

Article lavoixdunord.fr Publié le 28/05/2015 par: C. G. (CLP)

Guy Ryckebusch et Bernard Levrard ont fait leur service militaire dans le Sahara algérien entre 1958 et 1960. Ils ont vécu la première explosion atomique française, quatre fois plus puissante qu’Hiroshima.

« Quand je suis arrivé à Reggane, en avril 1958, il n’y avait que quatre tentes et une petite piste d’aviation », décrit Bernard Levrard qui a fait son service militaire avec Guy Ryckebush dans le Sahara algérien. « Quand je suis reparti, vingt-quatre mois après, c’était pratiquement une ville avec du bitume, des lumières et un château d’eau. » Les quatre premiers essais nucléaires aériens français ont eu lieu près de Reggane entre 1960 et 1961. Guy le Dunkerquois était au 621e Groupe d’armement spécial. Bernard, qui vit aujourd’hui en Mayenne, servait au Centre saharien d’expérimentations militaires (CSEM). « On était à 40 km des essais mais on n’était au courant de rien. »

Ils n’oublieront jamais le 13 février 1960, date de la première explosion atomique (baptisée Opération « Gerboise Bleue »). « À 7 heures du matin, on nous a réunis sur la place, fait asseoir sur le sable, dos à l’explosion. On nous a fait mettre la tête entre les genoux et fermer les yeux, se souvient Bernard. Les officiers avaient des lunettes. Nous, on était en short et on n’avait pas de protection. » « Dans notre groupe, on nous a demandé de creuser une tranchée dans le sable et de nous allonger avec le chèche sur les yeux », renchérit Guy.

Après l’explosion, ils ont pu se lever et regarder. « C’était de toute beauté !, se rappelle Bernard. Le champignon était déjà formé, il était de toutes les couleurs. On était étonnés de n’avoir rien entendu mais la lumière va plus vite que le son. Quand l’onde de choc est arrivée, j’ai eu l’impression d’un tremblement de terre. Cela a jeté des hommes à terre et cassé des vitres de l’aéroport. » Guy ajoute : « Les bâtiments métalliques ont été vrillés. On est passés au dosimètre le lendemain ». Bernard affirme : « Les effets ont été ressentis jusqu’à Adrar, à environ 300 km. Ils avaient envoyé un avion téléguidé dans le champignon, ils l’ont récupéré radioactif à 100 %. Je crois qu’ils l’ont enseveli en bout de piste. Plus tard, il y a eu un vent de sable, sans doute contaminé ».

Association du Mémorial national des Vétérans des essais nucléaires : amndvden.overblog.com

Des retombées difficiles à assumer pour l’État

Photo aérienne de l'explosion de la première bombe atomique française.

« On portait un collier pour mesurer la radioactivité », se souvient Guy Ryckebusch. « On l’a porté pendant quinze jours », complète Bernard Levrard.

Cinquante ans après, les vétérans des essais nucléaires n’ont toujours pas accès aux données. Guy Ryckebusch souffre de tremblements incontrôlables. Son médecin pense que c’est lié aux radiations mais n’a pu accéder à son dossier, classé « secret militaire ».

Bernard Levrard, lui, a subi une ablation quasi-totale de la thyroïde en 2007 mais il relativise : « Il y a eu plusieurs cas dans ma famille ».

La loi Morin du 5 janvier 2010 ouvrait la voie à l’indemnisation des victimes des essais mais, au 31 décembre 2014, sur 931 demandes reçues par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), seules 17 en bénéficiaient. Guy confie qu’il n’adhère plus à l’Association des Vétérans des essais nucléaires (AVEN) depuis quelques années, au sortir d’un procès à Douai où un vétéran atteint d’un cancer du dos avait vu sa plainte rejetée.

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