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Articles de Presse de l'Aquitaine 2015

Tonneins : il a assisté aux premiers essais nucléaires

Sudouest.fr le jeudi 5 février 2015 par Jean-Marc Lernould

Guy Dumas a travaillé pendant plusieurs années sur des sites nucléaires français, sans protection. Aujourd'hui, il poursuit son travail d'information auprès des vétérans

A 71 ans, Guy Dumas touche du bois : le Tonneinquais fait partie des 10 % de vétérans ou civils ayant œuvré, quasiment sans protection, sur des sites d'essais nucléaires français, il y a parfois des dizaines d'années, et qui n'ont développé aucune pathologie. Ce qui ne l'empêche pas de conduire la section départementale de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), dont une réunion est programmée à Fauillet le 21 février, à 14 h 30.

« J'ai été appelé en 1963 pour mon service militaire, près de Lyon pour les classes au cours desquelles j'ai reçu une formation NBC (nucléaire, bactériologique, chimique) afin de savoir détecter les radiations et décontaminer. On nous a expliqué que si nous pressentions une explosion nucléaire, il fallait se creuser un trou individuel et le couvrir d'une toile de tente pour se protéger du souffle ! »

Le sable vitrifié

« Puis, j'ai été incorporé en octobre dans le Sahara, à la base de Reggane où ont eu lieu quatre essais nucléaires aériens, en 1960 et 1961, baptisés Gerboise. J'ai été affecté à la base du champ de tir Hammoudia, où nous allions effectuer des relevés de radiations tous les 15 jours au point zéro, là où la bombe avait été lâchée d'une tour de 100 m de haut. Le point d'impact était noir et le sable vitrifié. J'y suis allé jusqu'au démembrement du site en 1964, soit sept mois », explique Guy Dumas.

On faisait confiance, on avait 20 ans et l'impression de participer à une grande aventure

« Nous restions sur place entre une à deux heures, munis d'un appareil de détection dont l'aiguille était toujours bloquée au maximum du cadran, ce qui fait que l'on n'a jamais su quelles étaient les doses réelles… Mais on nous disait que nous ne risquions rien avec nos protections : des bottes de caoutchouc, une combinaison en drap, des gants et un masque à gaz. On faisait confiance, on avait 20 ans et l'impression de participer à une grande aventure. »

Le jeune militaire se rendait également régulièrement près du point zéro en compagnie de civils, pour aider au démontage du matériel exposé lors des essais. Bien entendu, contre les rayons gamma, les « protections » se sont révélées illusoires, et trente ou quarante ans après, des militaires ou des civils présents sur ces lieux d'essais nucléaires (outre l'Algérie, il y a eu ensuite la Polynésie française, jusqu'en 1996) ont développé des pathologies diverses : problèmes de la peau, troubles digestifs, cardiaques, neurologiques, etc. Des maladies que l'Aven juge liées aux essais nucléaires.

5 000 adhérents

« En fait, nous n'avons aucune idée du nombre de victimes. L'Aven a été créée en 2000 et regroupe 5 000 adhérents, anciens militaires ou civils. Depuis, nous harcelons les gouvernements successifs pour obtenir une reconnaissance du lien entre ces essais et les maladies développées, et pour une indemnisation des victimes », poursuit Guy Dumas.

« Mais on avance difficilement », reconnaît le président de la section lot-et-garonnaise. « La loi Morin de 2010 reconnaît bien notre demande, mais ses applications nient ou sous-estiment les liens. Nous intentons des procédures et le tribunal administratif nous a souvent déboutés, mais il y a eu quelques avancées récentes. En décembre dernier, la cour d'appel du tribunal administratif de Bordeaux a reconnu neuf cas avérés ». Et si cette loi Morin liste 18 pathologies susceptibles d'être liées aux essais nucléaires, l'Aven souhaite voir ce nombre élargi.

En Lot-et-Garonne, ils sont une quarantaine à adhérer à l'association mais Guy Dumas estime le nombre des personnes concernées à 100 ou 150. Des civils ou des militaires qui sont conviés à cette réunion d'information.

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aven-accueil-aquitaine-les-echos-presse-2015-jeudi-5-fevrier-tonneins-il-a-assiste-aux-premiers-essais-nucleaires.txt · Dernière modification: 2016/12/14 15:16 par bernadette