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Articles de Presse Région Centre 2015

Irradiés : indemnisation sans panache

lanouvellerepublique.fr Indre-et-Loire le O9 janvier 2015 Par: Mariella Esvant

Nouvelle victoire pour les “ irradiés de la République ”. Un Tourangeau, ex-militaire, vient de recevoir son avis d’indemnisation. 44 ans après avoir survolé les panaches radioactifs en Polynésie.

Une somme de 11.385 euros. Hervé (1), 76 ans, a reçu peu avant Noël une lettre signée de la main du ministre de la Défense. Le paraphe tracé à l'encre bleue entérine l'aval donné par le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen). Hervé est l'un des 950 dossiers défendus par l'Aven (2), le 18e Français indemnisé, le premier en Indre-et-Loire.

L'adjudant-chef à la retraite, navigateur sur les Vautours qui plongeaient dans les panaches radioactifs au-dessus des atolls polynésiens dans les années 70, touchera donc 11.385 euros ; pour les 22,4 millisieverts reçus, pour avoir développé un cancer de la peau diagnostiqué en janvier 2009 et une tumeur à l'intestin diagnostiquée en avril 2011. « Ils ont arrondi généreusement à 11.400 € », ironise le Tourangeau. Sans acrimonie aucune. « L'État reconnaît sa responsabilité », tranche-t-il. Tant pis pour les détails comptables.

Hervé avait 32 ans, une femme et deux enfants, quand il prend les airs pour sa première campagne polynésienne. Il prend ses quartiers sur l'atoll d'Hao avec 27 autres aviateurs et une cinquantaine de mécaniciens. « Pour beaucoup de militaires appelés, c'était vraiment bien, “ le Pacifique ” ! », se rappelle-t-il. Lui est pondéré, déjà : « C'était loin de la France… »

Les sites nucléaires, il en avait déjà vu un, de près. « On faisait du transport de matériel à Reggane [Algérie]. C'est là qu'on a testé la première bombe, en 1960. Quand on passait au-dessus de l'Atlas, les passagers demandaient à passer au-dessus du “ point zéro ”. » C'est dire le peu de cas que l'on faisait alors des radiations. Ce n'est qu'à partir « de 2004 » estime son épouse aujourd'hui, que l'ancien militaire a commencé à soupçonner les risques encourus.

“ Pour beaucoup c'était bien, le Pacifique ! ”

« Hao était une base avancée, à plus de 1.000 km de Papeete, situe-t-il. Nous stationnions là, et quand il y avait un tir, nous allions avec nos avions vers les sites de Mururoa ou Fangataufa. Au départ, nous étions là pour tirer des engins [missiles équipés de “ récupérateur ”, NDLR] dans le nuage, à 15 km de nous, pour faire des prélèvements. Mais si les tirs n'étaient pas bien effectués, ce qui était souvent le cas, nous devions traverser le nuage pour prélever des poussières directement dans des fûts fixés sur les avions. »

Du 31 janvier au 17 août 1970, il est des escadrons qui explorent 8 tirs nucléaires, puis deux encore du 13 mai au 22 juillet 1974. Au retour à la base, « on devait se changer dans l'avion, tout jeter, et passer à la douche jusqu'à ce que le dosimètre passe au vert », raconte-t-il. Les millisieverts – on parlait alors de mRems – reçus lors des traversées sont soigneusement consignés dans son dossier de dosimètre. « On passait dans un caisson. » Ce qui n'a pas été mesuré alors n'est pas compté. « Les mécaniciens qui bossaient pendant des heures sur les avions contaminés n'ont droit à rien », dénonce-t-il.

C'est pour eux, pour leurs veuves, pour les autres personnels dont le dossier n'entre pas dans le cadre très étroit de la loi du 5 janvier 2010 régissant l'indemnisation des militaires exposés aux essais, qu'il continuera à soutenir l'Aven, qui l'a soutenu lui, le long de quatre années de procédure.

(1) Le prénom a été changé à sa demande, par souci de discrétion. (2) Association des vétérans des essais nucléaires. Jean-Louis Camuzat, délégué régional, tél. 06 72 77 33 65www.aven.org

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aven-accueil-centre-les-echos-presse-2015-09-janvier-irradies-indemnisation-sans-panache.txt · Dernière modification: 2016/12/14 15:19 par bernadette