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Articles de Presse Région Centre 2015

" Quand il revenait il ne disait rien "

lanouvellerepublique.fr de l'Idre le vendredi 30 janvier 2015 par: Xavier Benoit

Issoudun. Monique Barrat est la première veuve d’un vétéran des essais nucléaires de la région Centre à percevoir une rente après la mort de son mari.

Quatre ans de peine. Quatre ans de bataille juridique pour faire reconnaître, par le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Châteauroux, que la mort de son mari était bien lié à une exposition aux rayonnements ionisants (NR du 31 décembre). Dans sa maison, à Issoudun, Monique Barrat, feuillette le dossier. Montre les documents. Mais s'exprime peu. Toujours effondrée par le poids du chagrin provoqué par la mort de son époux, Michel, le 17 septembre 2010.

“ Il disait que c'était féerique. Tout avait fondu ”

Un cancer du poumon. La conséquence de l'essai « Beryl », selon elle (lire en savoir plus). Il s'agit d'un des trois essais nucléaires menés par la France, en 1962 et 1963, sur le site d'In Ecker, dans le Sahara (Algérie). Michel Barrat en était. L'un des civils parmi des militaires français, employé par la société Schneider Electric pour le compte de la société d'ingénierie Sodeteg qui travaillait, elle-même, pour le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). « Après l'explosion, il est revenu dans la galerie voir les appareils. Son laboratoire était situé à proximité de la bombe. Il disait que c'était féerique. Tout avait fondu. ».

Comme son espérance de vie. Monique Barrat en veut d'abord à son mari d'avoir accepté cette prise de risques. « Quand il revenait, il ne disait rien. Son silence était pesant, frustrant. Était-il protégé ? Une combinaison. Je n'en sais pas plus. L'entreprise savait bien qu'il y avait des risques. Elle lui faisait remplir une demande d'assurance individuelle complémentaire pour chacune de ses missions. » Dans l'immensité du désert, le salaire de la peur était indexé au prix du « confidentiel défense » de l'atome militaire.

Monique Barrat a gagné une rente. Elle songe à prendre une location près de ses filles, dans la région parisienne. Et après ? « Ça ne me ramènera pas mon mari. Mais il faut continuer à se battre pour les autres. L'Association des vétérans essais nucléaires (1) et le cabinet Tessonnière ont fait un travail formidable. » Dans son malheur, Monique Barrat a eu une chance : son mari était un civil et son cancer a été reconnu comme l'un des dix-huit estampillés « maladie professionnelle » par la Sécurité sociale. Pour les militaires d'Algérie et de Polynésie, c'est plus compliqué, les irradiations restent muettes aux appels à l'aide des irradiés de la République.

(1) Association des vétérans des essais nucléaires, Jean-Louis CAMUZAT, responsable Centre Val-de-Loire et référent juridique. Contact : 02 54 40 53 62  www.aven.org


VIDEO. Vétéran des essais nucléaires... par lanouvellerepublique

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aven-accueil-centre-les-echos-presse-2015-vendredi-30-janvier-quand-il-revenait-il-ne-disait-rien.txt · Dernière modification: 2016/12/14 15:17 par bernadette