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Articles de Presse Région Centre 2016

Dans l'enfer des essais nucléaires

Article Nouvelle République Indre 36.Le 25/02/2016 par Albane Ratsivalaka

Le discours de Hollande à Tahiti ? Après les paroles, Jean-Louis Camuzat, qui a vécu les essais nucléaires, actes. Et raconte son expérience polynésienne. Après une trentaine d'années passées à Luçay-le-Mâle, où il exerçait la profession de coiffeur, Jean-Louis Camuzat s'est retiré depuis dans le Loir-et-Cher. Il a désormais tout le temps de se consacrer à l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) dont il est et le référent juridique pour la région Centre-Val de Loire.

Pourquoi vous êtes-vous retrouvé à Mururoa pendant les essais nucléaires ?

En 1969, je suis appelé pour mon service militaire. Quand vous avez 20 ans et qu'on vous propose d'aller à Tahiti, vous courez ! On était qu'on allait vivre. Les médias ne disaient pas grand-chose sur les essais ; nos parents n'étaient pas informés et de Gaulle, avec l'armée, s'agissait de ” tirs propres ”. Nous n'avions aucune crainte, nous étions confiants.

Comment se déroulait un essai ?

Quelques heures avant l'explosion, tous ceux qui se trouvaient sur l'atoll embarquaient dans le bateau-base qui s'éloignait à environ une kilomètres de la côte. Au moment du compte à rebours, il fallait qu'on se mette dos au flash et la tête cachée dans les bras. C'était la seule sécurité.

” On se prenait en photo devant le champignon “Et ensuite ?

Quand l'explosion avait eu lieu, nous nous retournions pour voir le champignon s'élever. Nous nous prenions en photo devant, nous étions Puis, nous revenions rapidement sur l'atoll et la vie reprenait son cours. Quelques rares zones étaient interdites. Pas une avons pensé que c'était dangereux. L'armée nous disait que ce n'étaient que des essais.

Que s'est-il passé quand vous êtes revenu en métropole ?

Je suis rentré en juillet 1970. J'ai rapidement eu des problèmes intestinaux. Nous étions plusieurs anciens de Mururoa à avoir des pathologies On nous disait que c'était la turista, due au séjour sous les tropiques. Puis, les problèmes de santé se sont installés avec l'âge.

Quand avez-vous rejoint l'Association des vétérans des essais nucléaires ?

C'était en 2001. Je venais de me faire opérer de l'estomac. De plus en plus d'études médicales révélaient que les vétérans des essais pathologies : thyroïde, intestin, oesophage, estomac… Imaginez : nous buvions l'eau de mer de l'atoll, qui était dessalée. Et le boulanger, directement de l'eau de mer. J'ai ingéré des particules nucléaires pendant un an…

Qu'avez-vous pensé du discours de François Hollande, mardi, à Papeete ?

Je peux vous dire que nous étions tous devant nos écrans à attendre son discours. Bon, OK, il a reconnu les conséquences néfastes l'avaient déjà dit. Les Polynésiens, eux, souhaitaient des excuses : ils ne les ont pas eues. Nous, les vétérans, nous voulons tout simplement l'indemnisation de tous les anciens, qu'ils soient civils ou militaires. Autrement dit, nous demandons que l'article 7 de la loi Morin risque négligeable ”, disparaisse. Nous ne voulons pas de cas par cas. Tant que cette loi ne sera pas modifiée, nous considérerons qu'il François Hollande doit passer aux actes.

L'Aven organise une réunion publique, samedi 5 mars, à 14 h, à la salle des fêtes de Touren- Sologne (Loir-et-Cher).

Contact : Jean-Louis Camuzat,

Tél. 06.72.77.33.65 ;

Mail: aven36@orange.fr

repères

La longue attente

De 1966 à 1996, la France a effectué 181 essais nucléaires en Polynésie française. Les Polynésiens attribuent à ces essais la cause de du 5 janvier 2010, dite loi Morin, du nom de l'ancien ministre de la Défense, « a le mérite d'exister, reconnaît Jean-Louis Camuzat, l'indemnisation des victimes : sur un millier de dossiers, à peine une dizaine ont abouti ». François Hollande a déclaré, mardi, devant la présidence polynésienne, vouloir « modifier le décret d'application pour préciser la notion catégories de victimes, lorsqu'il est démontré que les mesures de surveillance indispensables n'avaient pas été mises en place. » Pas suffisant, selon les membres de l'Aven qui vont envoyer une lettre ouverte aux députés.

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aven-accueil-centre-les-echos-presse-2016-25-fevrier-dans-l-enfer-des-essais-nucleaires.txt · Dernière modification: 2016/12/25 14:49 par bernadette