Retour Page d'Accueil

Retour Page témoignages

Témoignages

En première ligne et sans protection

Article la nouvelle république Loir Et Cher du 03 03 2016 par Claire Neilz

Délégué régional de l’Association des vétérans des essais nucléaires, Jean-Louis Camuzat veut pour les victimes une reconnaissance sans faille de l’État.

Lors de son récent déplacement en Polynésie française, le président de la République a évoqué les essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 dans ces atolls. François Hollande a reconnu que ces tirs avaient eu un impact environnemental et provoqué des conséquences sanitaires, annonçant que le traitement des demandes des victimes sera revu. Des paroles qui ne suffisent pas à l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui attend une reconnaissance officielle pour tous les civils et militaires ayant participé à doter la France de sa force de dissuasion.

Habitant à Noyers-sur-Cher, Jean-Louis Camuzat, aujourd'hui trésorier national et délégué régional de l'Aven, a vécu quelques-uns de ces tirs en Polynésie. A l'âge de 20 ans, son service militaire le conduit dans la marine nationale à Hourtin (Gironde). Muté à Brest sur le bâtiment base « BB Maurienne », il est en partance pour Mururoa, en Polynésie française, sur le centre d'expérimentation du Pacifique, pour la campagne nucléaire de 1969-1970. Après une traversée de 45 jours, il restera sur place quatorze mois. Coiffeur de formation, il officie à ce poste sur le bateau, tout en gardant ses attributions de militaire.

“ On nous disait de mettre la tête dans notre bras ”

« A l'époque, nous n'avions aucune information sur ce qu'on allait faire là-bas, reconnaît Jean-Louis Camuzat. On savait plus ou moins qu'il y avait des essais nucléaires. Au total, j'ai assisté à six tirs aériens sous ballon, les plus dangereux avec des pluies radioactives retombant partout. » Quand arrivait le jour du tir, le site de Mururoa se vidait. « Tout était démantelé. On montait tous sur les bateaux et on larguait les amarres à 15, 20 ou 30 km du point 0. Quelques minutes avant le tir, tout le personnel était rassemblé à l'arrière du bâtiment. Pendant l'essai, on nous disait de mettre la tête dans notre bras et de ne pas regarder le flash du tir pour éviter des problèmes de vue. C'étaient les seules consignes de sécurité. Nous n'avions pas de protection. » Après chaque tir, l'équipage rejoignait son point d'attache, à Mururoa. « Je me souviens qu'après on pouvait aller se balader sur l'atoll, se baigner. On buvait même l'eau dessalée du lagon. » Là-bas, Jean-Louis Camuzat ne fait état d'aucun problème de santé. « On avait bien quelques échauffements, la peau un peu irritée, mais on ne mettait pas ça sur le dos des tirs. A la moindre pathologie, le personnel était envoyé à l'hôpital de Papeete, qui n'existe plus aujourd'hui et dont les archives ont aussi disparu. » Les ennuis médicaux commencent au retour en France. « J'ai eu des problèmes intestinaux, puis d'estomac dans les années 80. » Les études réalisées par le créateur de l'Aven se sont intéressées aux maladies des vétérans, relevant de ces mêmes pathologies. Beaucoup d'épouses de vétérans ont fait des fausses couches. « Ça veut dire qu'on a transmis la radioactivité à nos femmes et aux générations qui suivent. Nous incitons les enfants et petits-enfants des vétérans à rejoindre l'Aven pour exposer leurs problèmes. » A ce jour, Jean-Louis, 67 ans, n'a pas fait de demande d'indemnisation pour son cas. « Je me bats pour tous les autres vétérans des essais nucléaires du Sahara et de Polynésie pour qu'ils aient un suivi médical et une vraie reconnaissance. »

repères

L'Aven est l'association de tous les vétérans (Sahara et Polynésie compris). La France a procédé à 210 tirs nucléaires dont 17 au Sahara.
L'association compte 206 adhérents en région Centre-Val de Loire, dont une cinquantaine en Loir-et-Cher. Elle souhaite voir remplacer le terme de « risque négligeable » de l'article 7 de la loi Morin par la présomption d'imputabilité stricte. Sur 1.000 dossiers déposés, seulement vingt ont été reconnus pour indemnisation.
L'Aven de Loir-et-Cher organise samedi 5 mars, à la salle des fêtes de Tour-en-Sologne, à partir de 14 h, une réunion d'information et de débat avec Jean-Luc Sans, président national de l'Aven, Jean-Louis Camuzat, trésorier national et délégué régional, Jean-François Grenot, président de l'Obsiven et le docteur Kouyonmmdjan, spécialiste en nucléaire.
Courriel : aven41@orange.fr

Site Internet : www.aven.org

Claire Neilz

Retour Page d'Accueil







 
aven-accueil-presentation-temoignages-03-03-2016-en-premiere-ligne-et-sans-protection.txt · Dernière modification: 2016/12/26 15:20 par bernadette