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Gerboises
13 février 1960, dans le désert du Sahara sur le site d’Hammoudia, à quelques kilomètres de la ville de Reggane, dorment regroupés à proximité d’une tour de 100 mètres de haut des mannequins habillés en soldat, des chars, des véhicules blindés représentant l’armée de terre, des avions parqués derrière des monticules de sable en ce qui concerne l’armée de l’air, quant à la Marine elle est présente au travers de superstructures de navires de guerre avec tourelles et canons.
C’est la zone d’essai nucléaire française, et tout cet étalage est destiné à vérifier le comportement du matériel devant les effets de souffle et de chaleur produit par une bombe nucléaire.
6 h 45, hormis le bunker, la majorité du personnel est allongé sur le sable encore frais de la nuit. Certains munis de lunettes opaques, mais l’intendance n’ayant pas suivi, il n’y a qu’une paire pour trois, aussi d’autres s’équipent de masques de soudeurs.
6 h 59, H-5mn avant tir. Consigne est donné de se cacher les yeux dans le creux des bras afin de se protéger du flash de l’explosion. Quant à ceux plus éloignés assis au sol, le dos tourné à la tour suffira à les protéger.
7 h 04 mise à feu. Un éclair effroyable, d’une luminosité intense, plus vive qu’un soleil au zénith. Puis un dôme de feu semble surgir du sol pour s’élever à grande vitesse vers le ciel. Le dôme devint cubique, éclairant le désert d’une telle lumière que l’on y pourrait distinguer chaque pouce de terrain. La forme se modifie à nouveau. Une colonne apparait en dessous et semble s’élever à plusieurs milliers de mètres, tel le poing de Dieu. Le nuage de feu bouillonnant surmontant la colonne se déploie en parapluie jusqu’à ressembler à un champignon de plus de dix kilomètres de haut. Un champignon de nuages teinté de vert, d’orange et de violet démoniaques.
Puis la vague de chaleur, comme si le tout puissant avait ouvert un four géant en même temps que le bang de l’explosion pareil à un coup de tonnerre infernal atteint le personnel, suivi d’un bruit pareil à une troupe de chevaux au galop ou d’un orage surnaturel roulant sur le désert.
Le nuage incandescent commence à diminuer alors que le tonnerre rugit encore et encore, se prolongeant comme un bruit de fin du monde. Puis il finit par s’estomper et le nuage en forme de champignon se dissipe peu à peu.
À Hammoudia, ce jour-là , la France a fait exploser Gerboise bleue, d’une puissance de 70 kT, sa première bombe nucléaire, sous les vivats venus de l’Élysée.
S’en suivit le 1er avril de gerboise blanche, puis de Gerboise rouge le 27 décembre et Gerboise verte le 25 avril 1961 avec des variantes, car pour la rouge fut sacrifié des animaux pour étudier les effets sur la chair, et lors de la verte, ce fut des chars et des fantassins qui manœuvrèrent sous les retombées pour étudier le comportement des troupes en situation de guerre nucléaire.
Sources : Témoignages de vétérans – Extraits de l’Hiver du Monde (Kent Follet)
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