L’histoire du CIVEN se décompose en trois phases
Période 2011/2015
À la création de la Loi, celle-ci est des plus restrictive :
Extrait 1Â :
- ― Ce comitĂ© examine si les conditions de l’indemnisation sont rĂ©unies. Lorsqu’elles le sont, l’intĂ©ressĂ© bĂ©nĂ©ficie d’une prĂ©somption de causalitĂ© Ă moins qu’au regard de la nature de la maladie et des conditions de son exposition le risque attribuable aux essais nuclĂ©aires puisse Ăªtre considĂ©rĂ© comme nĂ©gligeable.
Cet alinĂ©a II rend la Loi totalement inopĂ©rante, le CIVEN considĂ©rant que la majeure partie des cas peuvent Ăªtre considĂ©rĂ©s comme nĂ©gligeables.
Extrait 2Â :
Dans le cadre de l’examen des demandes, le comitĂ© respecte le principe du contradictoire. Le demandeur peut Ăªtre assistĂ© par une personne de son choix.
Dans les faits, rien n’oblige le CIVEN Ă consulter le demandeur pour s’informer de son choix : Ăªtre entendu ou reprĂ©sentĂ©.
Extrait 3Â :
III. ― // le comitĂ© prĂ©sente au ministre de la DĂ©fense une recommandation sur les suites qu’il convient de lui donner. ../… le ministre, au vu de cette recommandation, notifie son offre d’indemnisation Ă l’intĂ©ressĂ© ou le rejet motivĂ© de sa demande. Il joint la recommandation du comitĂ© Ă la notification.
Cet alinéa III, dédouane le CIVEN de toute responsabilité, l’arbitrage restant au ministère de la Défense. De plus pour déterminer le risque, il emploie un logiciel (NHOIS) issu des USA et totalement reconnu obsolète depuis 1996.
En résultat, le CIVEN n’indemnise qu’une personne sur mille.
Période 2015/2018
Suite aux pressions exercĂ©es par les associations Moruroa et Tatou et AVEN, une commission d’enquĂªte sĂ©natoriale sur l’application de la Loi s’est mise en place en septembre 2012. Le rĂ©sultat en fut la modification des textes en date du 18 dĂ©cembre 2013, avec de nettes amĂ©liorations :
- Le demandeur sera systématiquement entendu ou représenté. L’AVEN et la FNOM mettent en place un délégué spécialisé pour représenter ou assister le demandeur.
- Un médecin désigné par les associations membres du comité consultatif de suivi des conséquences des essais nucléaires (CCSCEN) est membre du CIVEN.
- Le CIVEN devient une identité indépendante de toute tutelle du ministère de la Défense, et la CCSCEN passe sous la présidence du ministère de la Santé.
Les membres du CIVEN, en désaccord, refusent de renouveler leur mandat en début 2014.
Un nouveau CIVEN est reconstituĂ© et deviendra opĂ©rationnel en fĂ©vrier 2015 et adaptera la notion de risque nĂ©gligeable en mettant en place un seuil calculĂ© en pourcentage de la radioactivitĂ© ambiante sur les zones d’expĂ©riences nuclĂ©aires. En rĂ©sumĂ©, si le CIVEN estimait que le demandeur avait Ă©tĂ© exposĂ© Ă une radioactivitĂ© supĂ©rieure de 1% Ă la normale, il pouvait Ăªtre indemnisĂ©.
Dès la première séance, le délégué de l’AVEN, représentant six demandeurs démontre, preuve à l’appui, que le risque n’était pas aussi négligeable que les membres du CIVEN pourraient l’interpréter en regard des affirmations du représentant du ministère de la Défense. À l’issue, preuve était faite que l’AVEN détenait des informations que le ministère de la Défense gardait secrètes.
Le résultat ne se fit pas attendre avec un peu plus de 40% de demandeurs indemnisés. Mais la notion de risque négligeable, demeurait.
2018 Ă ce jour
Ce calcul de 1% en dessous duquel le risque devient négligeable ne pouvant pas satisfaire les associations, l’AVEN propose en séance de CCSCEN de réduire ce seuil à 1/000. En effet, ce seuil réduit, correspondrait, peu ou prou au seuil pratiqué en matière de protection civile. La ministre de la Santé accepte le principe, mais fixe le seuil à 3/000.
L’Assemblée Nationale devant légiférer pour modifier la Loi, après navettes, prend sa décision en commission mixte paritaire et supprime en février 2017 la notion de risque négligeable chargeant une commission d’évaluation de fixer les limites du droit à indemnisation.
Face Ă ce nouveau changement, le CIVEN, dĂ©missionne en bloc, estimant qu’il n’avait plus de raison dâ€™Ăªtre puisqu’avec la disparition du seuil de 1%, toute personne ayant sĂ©journĂ© en PolynĂ©sie entre 1966 et 1998 et atteint d’une pathologie radio-induite, pouvait Ăªtre indemnisĂ©e.
Rapidement un nouveau CIVEN est reconstitué et devient actif en fin 2017. N’attendant pas les résultats de la commission, il s’aligne sur les règles de la protection civile qui considère qu’une personne est reconnue contaminée ou irradiée si elle a subi un taux de radioactivité supérieure à 1mS au-dessus de la radioactivité naturelle.
C’est finalement cette solution que soumettra la commission d’évaluation et qu’approuvera le gouvernement en mars 2019 :
 Extrait : V.- Ce comitĂ© examine si les conditions sont rĂ©unies. Lorsqu’elles le sont, l’intĂ©ressĂ© bĂ©nĂ©ficie d’une prĂ©somption de causalitĂ©, Ă moins qu’il ne soit Ă©tabli que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nuclĂ©aires français reçue par l’intĂ©ressĂ© a Ă©tĂ© infĂ©rieure Ă la limite de dose efficace pour l’exposition de la population Ă des rayonnements ionisants fixĂ©e dans les conditions prĂ©vues au 3° de l’article L. 1333-2 du code de la santĂ© publique.   Â
 Le taux de demandeurs métropolitains indemnisés (représentés) est à ce jour de 80% en ce qui concerne les vétérans Polynésie et 98% pour les vétérans du Sahara.
Sur la totalité des dossiers présentés (Issus de Polynésie ou de personnes non représentées) le taux moyen d’indemnisés est de 50 %.
Sources :